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Les possédés – Chapitre 4

24 Jan 2017

Récit fictif



Avertissement : Les personnages, leurs discours ainsi que les situations décrits tout au long de ce récit relèvent de la pure fiction. Tout rapprochement avec des situations réelles existantes ou ayant existées ne serait que fortuit et indépendant de la volonté de l'auteur.
Ce récit est destiné à un public adulte.

Note : N’hésitez pas à relever les erreurs orthographiques qui ont pu s’accumuler tout au long de ces phrases et à les mentionner en commentaire ou sur la page Contact. Elles seront alors corrigées dans les plus brefs délais. Merci.


Les possédés
Les formes alentour perdaient peu à peu leur rigidité, soudainement frappées dans leur fondation d’une corrosion fulgurante de pâte à modeler enfantine. Le long du trottoir, les tiges d’acier auréolées de leurs globes lumineux et les hautes tours élancées à l’assaut du ciel nocturne se tordaient dans un maelström hypnotique. Pris de nausées, Ryan flottait dans une bulle réduite autour de laquelle les constructions devenues floues se noyaient dans une nuée de tâches brunes.

Affalé le long d’un mur décrépi, les yeux exorbités, les veines saillantes sur l’ensemble du tissu corporel, l’adolescent ne put retenir le filet de salive qui s’échappait de sa bouche entrouverte. Les décharges régulières d’adrénaline aiguisaient ses sens jusqu’à l’usure, à l’affût du moindre éclat sonore, souffle du vent ou jet de lumière suspect. Tous ses sens puisaient dans leurs ultimes ressources pour contrebalancer la perte d’une partie de sa vision.

Autour de lui, la lueur crue du réverbère paraissait lutter contre l’obscurité grandissante pour maintenir son fin territoire éclairé. A sa périphérie, des aspérités apparurent, pénétrant le disque d’un déplacement irréel. Son regard se braqua sur les fissures qui en sortaient, prenant naissance sur le pourtour et parcourant le sol, sombres et inquiétantes.

Il leva les yeux vers la source de lumière. Rien d’anormal. Bascula la tête fébrilement vers le trottoir. Des lézardes de plus en plus grandes parcouraient la zone où il se trouvait, pointant dans sa direction. Dans leur progression, des grincements de rongeurs, des frottements de bêtes rampantes et des craquements rompaient le silence.

Déguerpir. Fuir. Appeler à l’aide… Hurler ! Son cerveau était en ébullition ! Aucun son n’échappait de sa gorge. Son corps atonique était figé dans la même posture, impassible face au déferlement de terreur qui le submergeait. Les battements de son cœur se faisaient de plus en plus fort, fréquents, au bord de la tachycardie à mesure que l’Ombre étendait sa surface. Un séisme rembobinant le temps à la recherche de son épicentre. Elle l’atteindrait sous peu, l’engloutirait dans son monde d’où il ne reviendrait jamais. Un bruit en dehors du cercle. Des pas qui s’écrasent contre le bitume. L’espoir qui renaît brusquement.

Ses yeux balayaient les cent-quatre-vingts degrés de sa vision directe et périphérique nerveusement. Cherchant désespérément une bouée salvatrice dans cet océan tumultueux. Absolument garder prise au rivage des terres du réel. L’Ombre suspendit son assaut. Ses griffes rétractés, prête à bondir de nouveau. Scrutant méticuleusement son âme, avide de la moindre parcelle de peur et de colère.

A sa gauche, une main fendit les brumes opaques et se posa délicatement son épaule. La paume irradiait une douce chaleur dans son corps, le rasséréna. L’Ombre à ses pieds avait stoppé sa progression et commençait à s’évaporer sous l’éclat enhardi de la lumière. D’autres pas accompagnaient les premiers. Plusieurs silhouettes franchirent le disque blanchâtre, nimbées de lumière. Ces présences apposèrent sur ses nerfs à vifs un cataplasme apaisant. L’embardée folle touchait à sa fin. Ses mains crispées se relâchèrent par saccades puis glissèrent sereinement. A leur tour, ses muscles défirent leur fiévreuse étreinte. Son corps meurtri s’abandonna dans un long râle expiratoire et libératoire. L’adolescent sombra consécutivement dans un sommeil profond, dépourvu de rêves et tout autant exempt de cauchemars.

Le groupe réuni autour de lui s’empressa de le relever et démarra un déplacement cahoteux dans les rues de la ville, aussi vite qu’ils purent, dans les pas de l’homme qui les guidait. Tantôt à l’arrêt, scrutant son écran, tantôt à grandes enjambées déchirant la nuit d’un pas léger, le leader du groupe opérait par gestes et signaux lumineux, dirigeant son groupe vers le sous-terrain de l’immeuble le plus imposant de la ville.

*
**

Quelques jours plus tôt...

Mme Sedrian, la quarantaine bien entamée, patientait dans la salle d’attente du cabinet médical, une fine tablette numérique à la main. Derrière ses cheveux où les facéties de la vie s’amusaient à glisser au gré de ses envies quelques fils nacrés, se dévoilait un visage sévère, des lunettes noires, des lèvres solidement ancrées l’une à l’autre et un regard absorbé par les lignes digitales qui se succédaient. Imperturbable. Sa posture suintait la rigueur et l’autorité de toute part. A côté, une silhouette menue, recourbée, hésitant à basculer de l’adolescence à la vieillesse triturait ses doigts, les pensées vagabondant, sans attaches. Ces deux corps auraient inspiré avec verve la figure de l’oxymore à un quelconque peintre se trouvant dans les parages.

Après maintes réflexions, le doute intangible maintenant accolées ses lèvres, la jeune fille émit un léger murmure, indicible aux oreilles d’un autre patient mais qui parvint à décrocher l’attention de sa mère.
- Penses-tu... que je suis différente ? évoqua-t-elle après cette éphémère victoire, les yeux fixés au sol, de peur d’en croiser d’autres.
Silence, juste un regard braqué sur l’imprévue qui perturbait son emploi du temps et menaçait la tranquillité de sa vie.
- Je me dis qu’en faisant plus attention, en réfrénant mes idées, en côtoyant les autres filles je pourrais leur ressembler. Devenir comme elle. Je ne vous causerais plus d’embarras. J’en suis capable… je suis sûre de parvenir à faire comme les autres, osa-t-elle émettre avec plus de vigueur, surmontant les puissantes barrières de sa timidité.
- J’ai vu ce dont tu es capable ! Je ne sais pas ce que vous avez les jeunes en ce moment mais tu ne suivras pas cette voie ! Oh, je te l’assure Marion. Ton père et moi ne le permettrons pas ! On trouvera la cause de ces… troubles que tu manifestes et on y mettra un terme, peu importe le moyen !
Le ton était dur, sévère et réprimait toute velléité de contestation. L’adolescente se rembrunit et s’engonça dans un réflexe de protection primitif.

Marion détestait l’été. Durant cette période, elle ne disposait d’aucun renfort de vêtement pour se protéger de l’extérieur. Les tenues estivales découvraient sa peau dans un reflux sans retour, laissant ce territoire émergé à portée de vue, livrant ses faiblesses au grand jour. Elle se sentait dévêtue, scrutée, vulnérable… D’ordinaire, la confection et l’utilisation d’une garde-robe uniforme et sobre lui octroyait un regain de camouflage. A porter les mêmes vêtements, on finit par se fondre dans le décor. Ce jour-là cependant, dans cet environnement inconnu, elle détonait et attirait l’attention.

Deux heures plus tard, le professeur Chantrieux invitait Mme Sedrian dans son bureau pour lui communiquer les résultats du bilan psychologique.
- Pour quelle raison avez-vous sollicité ce bilan psychologique ?
Perplexe, décontenancée par l’interrogation du médecin ainsi que son regard soutenu dans sa direction, Mme Sedrian après quelques secondes imperceptibles d’égarement se redressa sur son siège, prête à contre-attaquer.
- Que vous a-t-elle dit ? Peu importe après tout, on ne peut plus continuer ainsi. Mais permettez-moi de vous raconter la vraie version des faits. Marion a toujours été une enfant difficile. Très différente des autres filles de son âge. Les filles de mes collègues sortent, discutent, s’amusent et profitent de la vie. Marion c’est tout le contraire ! Elle reste enfermée dans sa chambre dès qu’elle sort du lycée, des heures durant. Et ça a toujours été ainsi ! Jusqu’à peu on l’acceptait tant bien que mal avec son père, mais pas après sa bêtise… Silence… Elle vous en a parlé ?

Marion n’avait esquissé aucun mouvement depuis le début de l’entretien. Prostrée sur sa chaise, accusant la charge de sa mère.

- Elle a fait une très grosse bêtise ! reprit-elle. Qui aurait pu la conduire en prison ! Fort heureusement, avec les relations de son père, la banque a accepté un arrangement. Elle vous en a parlé ?
- Le piratage de la banque ? Si c’est de ça dont vous parlez, oui, elle m’en a parlé. C’est une jeune fille très débrouillarde que vous avez là. Très compétente en analyse de données et en virtualisation… D’ailleurs, le plus inquiétant c’est pour la sécurité de nos comptes en banque ! asséna-t-il d’un ton sarcastique. Si une adolescente dotée d’un ordinateur d’ancienne génération parvient à falsifier une écriture sur un compte sans déclencher d’alertes des systèmes de sécurité, l’intégrité des comptes peut être remise en question ! Le professeur émit un léger sourire à cette idée qui s’évanouit rapidement devant la faible audience qu’il recueillit.
- Vous vous rendez compte ? Elle a piraté la banque SmBC ! Vous trouvez peut-être cela drôle mais ce n’est pas notre cas. Qu’est-ce qui la pousse à agir ainsi ? A avoir ce comportement ? Je ne veux plus qu’elle refasse ce genre de choses ! Que pouvons-nous faire pour régler ce problème durablement docteur ?

Pierre Chantrieux après des études de médecine, s’était orienté vers la psychiatrie avant de se spécialiser dans le comportement des enfants et des adolescents. L’explosion des consultations dans cette tranche d’âge l’avait convaincu qu’un changement s’opérait sous leurs yeux sans qu’un diagnostic précis ne soit posé. Dans son bureau s’étaient succédés des parents perdus, dans le déni, étouffant, immatures, seuls… Tous à la recherche d’une solution miracle, d’une panacée, qui n’existait pas. Aucun produit chimique ne résoudrait un problème comportemental sans déclencher une cascade d’autres désordres. Chaque enfant puis adolescent était unique avec sa propre problématique. En observant sa mère, Chantrieux était persuadé que la problématique de Marion était intimement liée à celle de sa mère. Cependant, l’entretien qu’il avait eu avec la fille lui laissait une impression d’inachevée. Un peu comme s’il était passé à côté d’une information capitale dans l’interprétation de son discours. Malgré les problèmes soulevés, tout était trop lisse. Les relations entre les causes et les effets comportementaux apparaissaient avec la limpidité d’un manuel de psychologie à l’usage des étudiants.

- Marion n’est pas malade Madame, reprit-il chassant momentanément ses doutes, elle ne présente aucune pathologie comportementale. Après examen, elle ne présente aucune névrose et encore moins de psychose. Ce qui est d’ailleurs fort surprenant par les temps qui court. Elle souffre d’une spécificité, si on peut l’exprimer ainsi, qui touche une part de plus en plus conséquente de la population. Votre fille a un QI de 145 Mme Sedrian ! Et je soupçonne même ce résultat sous-évalué par rapport à ces réelles capacités… Ce n’est pas tout. Votre fille présente un profil atypique. Attention, atypique ne signifie pas pathologique ! Là où la plupart des individus vont développer une affinité particulière avec une forme d’intelligence, l’aspect logico-mathématiques par exemple, celle que mesure préférentiellement le test du Quotient Intellectuel, Marion s’épanouit pour sa part avec plusieurs d’entre elles. Elle développe simultanément plusieurs formes d’intelligence à un degré très avancé ! D’ailleurs, il serait intéressant d’effectuer une IRM de son cerveau pour analyser cette configuration si parti…

Il s’était laissé emporté dans son discours par l’aspect médical peu fréquent de sa patiente, négligeant sa mère et l’interprétation qu’elle pourrait en faire. Il se tut et s’enfonça dans son siège à la recherche d’une réaction face à lui.

Mme Sedrian était devenu très pâle malgré la lumière chaude de la pièce. Elle avait toujours pensé sa fille retardée, asociale. Elle représentait ce frein apparu inopinément au cours de son ascension professionnel, l’obstacle à la concrétisation de ses rêves. Dans ce cabinet aux murs recouverts de boiseries, arborant quelques tableaux de maîtres qui côtoyaient l’esthétique numérique épurée des bureaux contemporains, le vilain petit canard se parait des atouts d’un fascinant cygne. Sa décadente progéniture à qui elle attribuait tous ses maux menaçait de la surpasser.

*
**

Dans les bureaux décentralisés de la Sécurité Intérieure, Paul Syrac se remémorait les éléments en sa possession depuis le début de l’enquête. Il était arrivé sur les lieux peu après 19 heures. Les secours étaient déjà sur place et débutaient leur prise en charge. Les attaquants, au nombre de quatre, avaient été retrouvés hagards à côté de leurs victimes. Ils ne manifestaient aucun signe d’agressivité. Leur arrestation ne présenta aucune difficulté.

Suivant le protocole, ils avaient procédés à une déposition préliminaire des personnes se trouvant sur les lieux pour repérer d’éventuels complices.

L’attaque ne paraissait pas préméditée et ne présentait aucun trait revendicatif particulier.

S’il n’y avait eu des blessés et des morts, l’incident serait passé pour un acte de délinquance juvénile mineure. Trouble à l’ordre public. Mais les faits ne s’étaient pas arrêtés à de simples provocations. Ils avaient franchi toutes les limites morales. Ce décalage le préoccupait. D’un côté, des jeunes qui s’emportaient et semaient la panique dans une salle de cinéma de l’autre un déferlement de violence inouïe rappelant les émeutes urbaines des révolutions précédentes. Quelques propos mal perçus et un drame humain épouvantable. Pour quelle raison avaient-ils franchi le Rubicon ?

Après sept ans d’exercice au poste de lieutenant, Paul Syrac avait eu affaire à la majeure partie des délits. La croissance exponentielle de la délinquance juvénile fut par la suite étroitement reliée à l’éclatement du conflit selon les experts. Depuis la trêve, un assainissement des comportements s’était opéré et l’essentiel de leurs missions consistaient à anticiper, repérer et étouffer les actes de rébellion dès leurs premières manifestations. Cet incident survenu au cours de l’après-midi présageait une reprise des actes de délinquance post-révolutionnaire après une accalmie précaire de quelques mois. A croire que les êtres humains ne pouvaient s’épanouir dans un vivre ensemble harmonieux et dénués de soubresauts.

Il fut tiré de ses réflexions par le retour de ses deux collègues restés sur les lieux pour interroger les passants aux abords des lieux de l’incident et visualiser les vidéos des caméras de surveillance. La salle de projection datant du début du siècle, le serveur n’était pas relié à un serveur central décentralisé et accessible depuis n’importe quel poste informatique. Le bond technologique avait eu sa part d’oubliés avec ses déserts informatiques recouvert de noir sur la carte représentant l’ensemble des systèmes connectés sur le territoire. Le maillage coloré du réseau s’agglutinait autour d’axes importants, négligeant les espaces à faible population à l’image du système routier le siècle précédent.

Alors qu’il allait se lever pour les rejoindre dans leurs bureaux respectifs, les deux enquêteurs poursuivirent leurs pas et se dirigèrent dans sa direction. Son bureau se trouvait au fond du couloir qui desservait les pièces occupés par le commandant, les deux capitaines ainsi que les trois autres lieutenants. La lueur des néons exposait des visages cernés par la fatigue et les heures supplémentaires mais renvoyait aussi un autre message, inhabituel. La frayeur. Ce sentiment s’étendit dans le bas de son dos quand son regard se figea sur les avant-bras de son plus jeune collègue, Samuel Parni. Ils étaient recouverts de bandages.

Après avoir refermé la porte derrière eux et baissé les stores méticuleusement pour les isoler, ils prirent une chaise et se placèrent face à lui. Ses deux co-équipiers gardèrent le silence de longues minutes, se remettant de ce début de soirée mouvementé et regagnant un peu de consistance dans ce lieu familier. Syrac percevait par moment de brusques et furtifs regards échangés entre eux deux. La tension était palpable.

Wilson Laval, le plus expérimenté de l’équipe rompit le silence :
- On est dans la merde Paul. Cette affaire nous dépasse…
L’épaisse masse rompue aux enquêtes criminelles, aux émeutes urbaines des révolutions populaires et à la gestion de crise accusait le coup. Des perles de sueur pointaient sur son front. Il peinait à trouver ses mots et gesticulait nerveusement sur sa chaise.
- Quatre jeunes ont été retrouvés sur place, reprit-il. Ces gars-là, je ne sais pas ce qu’ils avaient. Drogue, stimulant virtuel, folie… Je n’écarte rien à présent. Mais c’était du jamais vu ! On… on les a envoyés à l’hôpital sous bonne garde pour des examens complémentaires avant de poursuivre les interrogatoires… Paul, ils ont attaqué Sam ! Je…
Il bafouillait, tremblait. Voir ses deux collègues dans cet état le balaya d’une vague d’anxiété croissante.
- Attendez, que s’est-il passé ? Vous avez pu voir les vidéos ?

- Rien, le coupa Samuel. On n’a pu voir aucune vidéo. Durant toute la durée de l’attaque, les caméras sont restées aveugles et muettes. De même pour l’éclairage du cinéma et une partie des bâtiments à proximité. Pas de vidéo de la salle, ni des rues avoisinantes, ni même celles des bureaux et commerces sur deux rues adjacentes ! Tous les systèmes de sécurité et de capture d’images se sont arrêtés comme par hasard ! C’est du lourd ! Il y avait une banque au bas de la rue, même situation. Le technicien info n’a jamais vu ça ! Pas de virus, ni de cheval de Troie. Celui qui s’est infiltré dans ces machines a utilisé une méthode d’intrusion qui ne laisse aucune trace !

L’incident venait de prendre une toute autre ampleur à cet instant. L’acte non prémédité se muait en une attaque fomentée dans les moindres détails et avec un support technique informatique de haut niveau ! Autant dans la région ils avaient pu avoir à faire à des usurpateurs d’identité électronique, des hackeurs de puces oculaires ou des malfaiteurs s’immisçant dans les systèmes informatiques autant les conséquences demeuraient matérielles et sans impact sur la vie humaine. Derechef un sentiment d’incohérence émanant de cette affaire s’instilla dans les veines de l’enquêteur.

- On ne sait rien, renchérit Laval en s’essuyant le front d’un revers de main. Combien étaient-ils réellement ? Qui sont-ils ? Qu’est-ce qu’ils ont pris bordel ?! Ils étaient comme des bêtes enragés !
Laval ne tenait plus sur sa chaise. Il était au bord de la crise de panique. Deux auréoles s’élargissant à vue d’œil s’étaient formées sous ses aisselles. Sa respiration était saccadée.
Paul se leva et posa une main sur son épaule. Il se voulait réconfortant mais rien n’y fait.

Parni regardait son collègue l’air médusé.

- Qu’est-ce qui t’es arrivé aux bras ? s’enquit Syrac en direction du jeune lieutenant.
- Silence… L’un d’eux m’a eu. Après leur arrestation, ils semblaient tous éteints. On ne s’est pas méfié. Ils étaient menottés après tout. Lors de l’interrogatoire du premier, je me suis approché pour le secouer un peu car il ne répondait pas… Ce gars est sorti de sa transe d’un coup et m’a agrippé les bras en resserrant son étreinte jusqu’au sang !

Il demeura quelques secondes pensif, se remémorant les faits des heures précédentes.

- Je m’en sors plutôt bien à vrai dire. Dans la salle à côté, un collègue s’est fait défoncer le nez par un des ados sur place… Ils sont calmes, ils sont comme éteints et il suffit d’une étincelle et c’est l’explosion. Paul, quand il m’a prit le bras, a deux on n’est pas parvenu à desserrer sa prise… En rentrant, l’unité 3 signalait que leur gamin avait mis à mal quatre membres de l’équipe spéciale qui les conduisait à l’hôpital ! Un ado… face à quatre types sur-entraînés et rompus aux techniques de maîtrise et de coercition !
- Une vidéo circule sur les réseaux sociaux depuis quelques heures…, murmura Laval. Des gamins lambdas soudainement frappé d’une rage incontrôlable. En une fraction de seconde leurs traits changent comme ces schizophrènes qui abritent deux personnalités dans le même corps. Quand tu les regardes, tu as juste l’impression qu’un démon s’empare d’eux et les contrôle comme de vulgaires marionnettes. Je ne suis pas croyant mais… quand j’ai vu ce gars s’attaquer à Sam, il n’y avait aucun doute dans mon esprit. Le gamin qui était entré dans la salle avec nous n’y était plus…

Les deux lieutenants échangèrent des regards sceptiques devant les propos de leur collègue. Sans remettre en question son jugement, ils y lisaient surtout de l’incompréhension et de la peur. Les deux sentiments qui avaient conduit la société à l’implosion l’année précédente…

*
**

A l’appartement 725 de l’immeuble Turin, Claire Delave savourait le ruissellement de l’eau froide sur sa peau depuis plusieurs minutes. Après s’être vigoureusement lavée pour effacer toute trace de l’après-midi, ses pensées virevoltaient à présent vers de tout autres horizons, peuplés de corps dénudés, enlacés et s’ébattant librement sans l’once d’une retenue. Le plaisir sans entrave la transportait dans une transe orgasmique ineffable.

Sur la route du retour, dans la voiture du brigadier, elle avait joint par message Matthieu, lui proposant de la retrouver chez elle vers 23 heures 30. Cela lui conférait une bonne heure pour se préparer et se mettre dans des conditions propices pour profiter du reste de la nuit.

Après quelques hésitations de sa part eu égard à l’heure et aux événements récents survenus en ville, il céda devant la perspective de la rassurer, elle si effrayée de rester seule dans son appartement. Elle avait su trouver les mots qui avaient fait vibrer son âme de mâle, le protecteur qui sommeillait en chacun d’eux et qui ne demandait qu’à bondir sur… à réconforter une frêle femme dans la tourmente. L’idée avait décrispé son visage et dessiné finement l’ébauche d’un sourire. Dans une heure, il lui faudrait trouver d’autres mots pour immiscer des idées lascives au sein de l’intello coincé qui l’avait déçu lors de leur première rencontre. Elle ne doutait de sa capacité à ébranler ses digues, fut elles érigées de longue date ou non, entravant les ardeurs du mâle viril profondément enfoui sous la cuirasse et qui saurait chasser de son esprit, le temps d’une étreinte, l’angoisse de la mort.

La réminiscence de cette peur éteignit brutalement les sensations naissantes au bas de son ventre. Elle interrompit le jet d’eau et se pelotonna dans la grande serviette qui l’attendait sur la chaise. Pendant de longues minutes, elle resta immobile dans ce moelleux duvet s’efforçant à discipliner le fil de ses pensées. Matthieu, ses bras, sa candide timidité, ses derniers remparts cédant lorsqu’elle s’offrirait à lui… Se focaliser sur lui, son visage qui arborera un nouveau dessin… Un visage qui se déformera de plaisir, des traits plus fortement marqués, des yeux qui s’étirent sur la longueur, l’esquisse d’un sourire, qui s’allonge… un rire malsain qui prend forme. La peur qui ressurgit… Non ! Claire rejeta sur les parois de la douche la serviette humide et sortit de la salle de bains.

A peine eut-elle franchie le couloir communiquant avec le salon qu’une bouffée d’air chaud l’enveloppa, arrachant quelques gouttes de sueur aux replis de son corps. La jeune femme traversa hâtivement la large pièce où clignotait les LED de l’horloge sur un pan du mur et se dirigea vers les larges baies vitrées gardiennes jadis de chaleur, aujourd’hui barrière à la fraîcheur nocturne. D’un mouvement ample, le battant coulissa sur le rail, répercutant son mouvement au deuxième, libérant simultanément l’espace clos de sa chaleur ambiante. Le vent du 7ème étage s’engouffra dans la brèche, déplaçant ostensiblement les fins voilages des rideaux tout en dévoilant la nudité de sa maîtresse. A l’orée de sa terrasse, Claire contemplait les lumières de la ville, le regard pensif. Un courant d’air frais vrilla sur sa peau nue. La brusque variation de température parcouru son corps d’un léger frisson. Ses pensées s’évadèrent derechef.

L’approche de la trentaine avait eu des effets insoupçonnés sur son corps et sur sa libido. C’était ces plus belles années. Elle était à son apothéose. Son jeu favori du moment était d’éprouver les limites de son charme. Elle n’aurait su dire si c’était ce challenge ou tout simplement son horloge biologique mais son appétit sexuel était décuplé ces derniers temps et paraissait insatiable ! Elle lui avait même trouvé un petit nom : Charybde. Dans la mythologie grecque, Charybde désignait un gouffre marin qui avalait les navires et les hommes qui s’étaient aventurés trop près de ses eaux. Cette figure associant une irréversible attraction à une gourmandise sans limite lui semblait plus appropriée que celle des sirènes et de leurs chants envoûtants que l’on prêtait à Scylla, son duo mythologique. Celle-ci collait à sa personnalité. Ce soir, Claire sentait l’appel de la vie et de la luxure déborder de toute part. Charybde avait faim !

En se retournant, elle jeta un œil sur l’horloge digitale. Les innombrables témoins lumineux projetaient une succession de deux nombres. 23 h 06. Il ne lui restait plus qu’une poignée de minutes pour se préparer.

Elle se dirigea vers la penderie de sa chambre à coucher. L’éclairage des deux lampes de chevet déversait une douceur feutrée dans la pièce. Une ambiance ouatée propice à l’évasion et dans l’immédiat, la recherche d’une lingerie minimaliste et éminemment suggestive.

A 23 h 15, la sonnette vibra dans le couloir de l’entrée, répandant son bruit strident dans l’appartement cossu de quatre-vingt-dix mètres carrés. En traversant le salon, Claire regarda l’heure, pestant contre cette arrivée précoce qui malmenait ses plans. Elle éteignit la lumière crue de la grande pièce et activa vocalement les trois lampes sur pied qui répandirent une chaude lueur tamisée sur les murs. La main sur la poignée de la porte, elle se retourna et balaya l’ensemble du regard. Satisfaisant, tout juste.

Après une volte-face en direction du battant, sa main abaissa la poignée, déverrouillant instantanément le système de fermeture centralisée. Dans l’embrasure de la porte, une silhouette sombre, plus robuste que Matthieu lui faisait face.

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