Barre de navigation : Accueil > Journal > Bonne lecture !
banniere
Menu

Les possédés – Chapitre 2

14 Dec 2016

Récit fictif



Avertissement : Les personnages, leurs discours ainsi que les situations décrits tout au long de ce récit relèvent de la pure fiction. Tout rapprochement avec des situations réelles existantes ou ayant existées ne serait que fortuit et indépendant de la volonté de l'auteur.
Ce récit est destiné à un public adulte.


Les possédés
Deux bureaux orientés en L remplissaient la pièce. Leur surface était parsemée de notes et de classeurs ouverts. A côté, sur un petit meuble, une imprimante attendait qu’on récupère l’objet de son travail. Sur les écrans d’ordinateur, imperturbablement, les fenêtres affichaient de nombreux dossiers au nom de films.

Les occupants de la salle avaient quitté les lieux lors des premiers cris. Sans faire marche arrière. Contrairement aux deux femmes, ils avaient essayé de fuir en se dirigeant vers les grandes portes d’entrée.

Assise sur le sol, Irina sentait son cœur marteler sa poitrine. L’intensité de la pulsation se répercutait dans tous ses membres. Ses tympans ne percevaient plus que les battements de son cœur.

Inopinément, l’image de sa salle de classe au lycée lui revint à l’esprit. Son prof de biologie leur décrivait les manifestations de l’instinct de survie. Face à un danger, la proie connaissait une accélération des battements de son cœur et de sa respiration. Conjointement, les petits vaisseaux sanguins se dilataient pour mieux irriguer les muscles et notamment ceux des jambes. Des milliers d’années d’évolution avaient appris notre corps à survivre indépendamment de notre cerveau. Que faisait-elle alors immobile dans cette petite pièce disposant d’un seul accès ?

En la balayant des yeux, son regard se fixa sur l’horloge en haut du mur. La trotteuse poursuivait sa rotation seconde après seconde. Le temps s’était arrêté dans sa tête mais pas pour le reste du monde. Ici, dans cette pièce, les objets procédaient à leur tâche sans la moindre variation.

Quoiqu’il pu lui arriver, le monde continuerait de tourner…

Elle repensa à cet homme agonisant au sol. Aux propos scandés dans la salle. Au grotesque de la situation. Comment en étions-nous arrivés là ?

La sidération laissa place à une colère fulminante qui ne pouvait être contenue plus longtemps. Répondre coup pour coup à ceux qui les avaient ainsi attaqués.

A ses côtés, Claire manipulait fébrilement son portable. Elle tentait en vain d’accéder au réseau pour communiquer avec l’extérieur. Mais l’épaisse armature métallique enveloppant la salle entravait le passage des ondes.

Irina lui chuchota quelques mots à l’oreille. Elle lut de la stupeur dans ses yeux. Pourtant elle acquiesça et esquissa un prudent déplacement vers l’autre pan de mur. Une fois l’accès libéré, Irina se redressa et entrouvrit la porte.

Dans le hall d’entrée, une quinzaine de corps jonchaient le sol. La salle s’était vidée de ses occupants. Tous semblaient avoir gagnés l’extérieur. Avec la luminosité atténuée de la fin d’après-midi, elle aperçut des jets de lumière bleu et rouge s’alterner en un ballet frénétique. Les secours étaient arrivés.


Sur le trottoir, face à la salle de cinéma, plusieurs badauds filmaient l’arrivée des forces de l’ordre. En haut d’un des écrans, un nombre ne cessait de croître. 14 900 vues ! Le propriétaire de l’appareil arrêta l’enregistrement et tapota sur son clavier virtuel. Le temps de sa diffusion, sa vidéo avait rencontré un vif succès et s’était propulsé à la deuxième place du classement d’un site. Les commentaires affluaient sans discontinuer.


Les services de santé prirent en charge les blessés graves. Les autres victimes furent dirigées vers deux postes de police pour recueillir leurs témoignages. Peu avant leur arrivé, un message parvint aux responsables des deux locaux. La direction de la sécurité intérieure exigeait un éclairage approfondi sur le risque que pouvait représenter les responsables de l’attaque ainsi que leurs liens éventuel avec un mouvement hostile au régime. Depuis les émeutes de l’année précédente, la répression de la moindre velléité subversive occupait l’essentiel de leurs missions.


A leur arrivée au poste, un agent escorta les victimes vers un vestiaire. Celui-ci disposait de plusieurs bancs, de casiers métalliques et d’une pièce attenante faisant office de salle de bain. Lorsqu’elle put se rafraîchir, Irina reconnu dans le miroir son reflet des nuits blanches d’avant partiels ou de fêtes. Ses yeux noirs étaient profondément enfouis dans leur orbite et leur contour paraissait assombri. Ses longs cheveux bruns habituellement très disciplinés, retombaient machinalement sur ses épaules. Avec sa peau pâle due à la fatigue, elle semblait malade.

Pour éviter un emballement dans la population, les chefs de service des deux postes affectèrent trois enquêteurs au dossier. Au poste où se trouvaient Irina et Claire, seul un des agents était déjà sur place et commençait à recueillir les nombreuses dépositions.

Au cours de l’attente, les pensées de Claire lui échappèrent. Elles la conduisirent dans son appartement, plus tôt dans l’après-midi. Elle avait proposé à Mathieu, un contact récent, de passer boire un café. Son profil avait retenu son attention et ses photos révélaient un physique avantageux. Ils avaient néanmoins peu de centres d’intérêt en commun. La discussion serait difficile. C’est la raison pour laquelle Claire ne pensait pas s’attarder en préambule et prestement initier un échange plus intime. Ses souhaits s’étaient cependant heurtés au très timide et réservé visiteur tant prolixe à l’écrit mais soudainement frappé de mutisme.

Après les événements de l’après-midi, elle était à présent disposée à faire l’impasse sur sa rhétorique. Dans ce vestiaire aux murs décrépis et délabrés, elle ressentait un désir impérieux de se retrouver au creux de bras forts et protecteurs.

Depuis leur prise en charge, la jeune femme ne s’était pas aperçue qu’elle était la cible de l’attention d’un des hommes présents. Sur le banc face à elle, il ne la quittait pratiquement pas des yeux. Tout juste détournait-il le regard lorsqu’elle le dirigeait dans sa direction. Malgré l’épreuve qu’ils venaient d’endurer, Claire Delave conservait un potentiel attractif indéniable. Ses cheveux blonds qu’elle avait légèrement mouillés et glissés derrière ses oreilles servaient d’invitation à la découverte d’un physique débordant de féminité et de sensualité. Il se la représentait déjà au-dessous de son corps, subissant les assauts répétés de sa fougue.

Un murmure brisa cette concupiscente rêverie. Il ne s’était pas aperçu de la présence de l’inconnu qui venait de l’émettre. Depuis qu’il avait vu Claire rentrer dans le fourgon de police, ses formes callipyges l’avaient envoûté. Son champ de vision s’était réduit drastiquement à l’espace qu’elle pouvait occuper.

Karl s’attarda alors sur son étrange voisin. La cinquantaine bien entamé et marqué dans son corps. Il présentait bien malgré son épaisse barbe grisonnante et son crâne dégarni. Son embonpoint dû à l’âge et à quelques excès semblait parfaitement s’adapter au personnage. Seule la protubérance violacée qui s’était posée sur son front contrastait avec les autres traits. Son physique trahissait une profession intellectuelle et une vie où il avait peu sollicité sa force musculaire. Tous deux présentaient des parcours de vie radicalement opposés.

- C’étaient des gosses, avait-il laissé s’échapper involontairement.

Il repensait certainement aux agressions dont ils venaient d’être victimes. C’était certainement la première fois qu’il se retrouvait dans une situation où les mots ainsi que les discours ne pouvaient résoudre un conflit. Karl avait passé toute son existence dans ce monde sur lequel on fermait les yeux par crainte ou lâcheté. L’envers d’un décor où la force physique est la seule échelle de mesure. Son père, celui qui l’a remplacé puis les autres hommes du quartier, lui avaient tous inculqués un apprentissage profondément ancré dans sa chair : écraser ou se faire écraser.

Dans son monde, un individu comme son voisin serait une proie facile. Incapable de se défendre, faible et démuni.

En le voyant avachi sur le banc, la tête enveloppée dans ses deux mains, Karl répondit à son interrogation.

- Quelques uns l’étaient, d’autres étaient un peu plus âgés. Ils avaient la vingtaine tout au plus.
Karl retenu le sourire qu’il sentait poindre. L’estocade était encore prématurée.

Jean Baudray se redressa à ses paroles. Il ne s’était pas rendu compte que le fil de ses pensées avait laissé s’évader quelques mots. A côté, un jeune homme, à peine plus âgé que ceux qui les avaient attaqués leur apportait une réponse.
- Vous… vous parlez de l’attaque ? Il y avait des adolescents. Les mêmes… d’âges proches de ceux à qui j’enseigne au lycée. Comment des ados ont pu faire ça ?
Il avait eu du mal à modérer son anxiété dans cette dernière phrase et craignait que sa voix ne l’ait laissé transparaître.

Son voisin n’en avait rien perdu. Il avait l’habitude de lire les signes de l’angoisse dans l’attitude de ceux qui se trouvaient face à lui.

- Ils le font pour le fun ! Pour s’amuser. C’était probablement un défi qu’ils s’étaient lancés.

En se remémorant les événements, Karl ajouta un détail.

- Si ça se trouve on a déjà été diffusé en ligne… Quelques uns avaient leur smartphone accroché à leur torse pour filmer en mode FPS… Les voy… Les visionneurs ont l’impression de vivre la scène comme s’ils y étaient, à travers les yeux du porteur.

Il venait d’instiller l’effroi au cœur de son interlocuteur. Ces yeux hagards, l’absence de réponse, et le frémissement qu’il avait perçu ne laissait place au doute. Son voisin venait de voir ses repères coutumiers et réconfortants se faire ébranler durant un après-midi. Intérieurement, Karl jubilait. Le désir sexuel suivi de cette confrontation l’avaient galvanisé.


Au cours de leur échange, Irina fut entendu par l’enquêteur Paul Syrac. L’inspecteur la fit rentrer dans son bureau et après avoir vérifié son identité, il recueillit son témoignage des événements de l’après-midi.

Irina décrivit avec soin le déroulé des faits précédents le premier coup. Les provocations et la litanie d’insultes. Puis la fuite collective désordonnée. La panique du hall principal. L’échappatoire. Et pour finir la délivrance. Après son compte-rendu elle ajouta quelques mots...

Le ressentiment qui l’avait submergé dans le petit bureau et qui n’avait pu trouver d’exutoire, se déversa à ce moment.

A la fin de l’entretien, alors qu’elle s’éloignait pour rejoindre Claire sur le banc, l’inspecteur de police concluait son rapport en complétant le statut du témoin par le mot « indéterminé ».

Vues : 425 - Commentaires : 4

Commentaires :

Lien vers ce commentaire Hé !!! Je te connais toi !!! Mais que fais-tu ici ? :Oo:

Tu es mobile :hihi:

Merci de ta visite dans ces lieux troubles et inquiétants :langue:

Attention à ne pas te perdre :hehe:

28 Dec 2016 à 04 h 23

Papyrus
Lien vers ce commentaire Pas mal ^^

26 Dec 2016 à 11 h 35

virgule.6
Lien vers ce commentaire Oui, tu peux respirer à présent :bigrin:

Non, non, je ne l'oublie pas :hehe: Elle est au programme des jours à venir :hihi:

Merci pour ta lecture et à bientôt Emcle :hehe:

14 Dec 2016 à 16 h 45

Papyrus
Lien vers ce commentaire Salut Papyrus!!!
bon,merci d'avoir sorti les :fillette: de cette situation: encore un peu plus et elles passaient de vie à :mort:.
:myope:euh , j'ai bien vu son petit jeu à celui la !!!!
:dontcare: il me parait louche ce Karl : :pfff: "cette concupiscente rêverie": il est envie de jouer au :zazoo: ou au :infirmiere: avec elle :mouais:, apparemment, il s'y voyait déjà le bad boys!!!
et en plus, il se prend pour un warrior la non? :ring: ecraser ou se faire écraser.
c'est un monde de brute ou quoi? :cowboy:

:content: maintenant,qu'elles sont sorties de la les :fillette:, je peux respirer un peu . Oublie pas celle qui est encore sous la pluie par contre !!! :nuage:
allez :yeah: au plaisir de te relire .

14 Dec 2016 à 16 h 07

emcle

:

:

:

:

:chinois: :charte: :bigrin: :batman: :attention: :ange: :arf: :clown: :confiant: :content: :cool: :cool2: :cooool: :cowboy: :decu: :diable: :dontcare: :epee20centmodif: :erk: :fillette: :fleched: :gni: :grr: :grrr: :grucho: :gun: :hehe: :hihi: :hihi2: :hiver: :hum: :idee: :infirmiere: :langue: :love: :malade: :malade2: :mariee: :marin: :marrant: :mort: :mouais: :myope: :niark: :ninja: :nooo: :nuage: :o: :Oo: :ouin: :oups: :penseur: :pfff: :pirate: :punk: :punk2: :ring: :robot: :robotange: :roi: :roi2: :rouge: :salut: :seventiz: :sick: :siffle: :slajou: :smile: :smiley29: :snif: :sniff: :soleil: :taureau: :tongue2: :unsure2: :vengeance: :winks: :wouah: :x: :yeah: :yeah_baby: :zicgood: :zazoo: :zik: :zik2: :zik3: :zik4: :fouetbase:

Autres (à la demande d'Emcle ;)) :

:3694: :9384: :74591: :bhouhou: :bienjoue: :boulay: :dejarefuse: :deterrage: :fouet_2: :jeplaidenoncoupable: :mdr: :naaan: :neutre_final: :saber: :syn: :tusors: :yeepee: :youpi: :yurk: :zibou:

Une illustration à tes propos ? Tu sais... Confucius disait : "Une image vaut mille mots."
Attention ! 1Mo max et format jpg, jpeg et png exclusivement ! Nous ne sommes pas faciles ! :hihi:

La digression - Version 0.0.2 : La meilleure avant la suivante :p - Statistiques - Contact
Valid XHTML 1.0 Strict

© La digression, 2016/2017 - Tous droits réservés